La commission d’enquête publique vient de donner un avis favorable sur l’extension du périmètre d’épandage des boues d’Achères (Yvelines) dans notre département.
Cette extension concerne 85 communes d’Eure-et-Loir (32 recevant déjà ces boues), dont une dizaine situées en plein cœur du Parc naturel régional du Perche !
Il convient de rappeler que ces boues sont toxiques et comportent nombre d’agents et d’éléments cancérigènes (PCB, …).
Rappelons aussi qu’une majorité de communes, ainsi que le Parc naturel régional du Perche, avaient émis un avis défavorable quant à ce plan d’épandage, à l’exception de quelques villes comme Mainvilliers, dirigée par le socialiste Jean-Jacques Châtel.
Les avis des communes et des territoires concernés ont-ils réellement été pris en compte ? J’en doute.
Je réaffirme ici ma totale opposition à ce plan d’épandage de boues toxiques pour la santé et l’environnement : l’Eure-et-Loir et le Perche n’ont pas vocation à devenir la poubelle de l’Ile-de-France !
J’invite les maires des communes concernées à prendre des arrêtés interdisant l’épandage de ces boues, comme ce fut récemment le cas dans le département du Cher.
La décision finale revient au préfet d’Eure-et-Loir. J’exhorte ce dernier à ne pas autoriser cet épandage, néfaste pour l’environnement et la qualité du cadre de vie de l’Eure-et-Loir et du Perche.
Nombre de citoyens et d’associations (Perche Avenir Environnement, …) se sont peu à peu mobilisés pour manifester leur opposition à ce projet. Leur voix doit être entendue.
Karim Laanaya,
conseiller régional du Centre,
conseiller municipal de Nogent-le-Rotrou.
DOSSIER
Les boues d’épuration sont un déchet issu de l’assainissement des eaux usées qui s’effectue dans les station d’épuration.
En France, les boues représentent une masse annuelle de 1.300.000 tonnes de matière sèche.
Ces boues subissent actuellement trois types de traitement :
-
- 15% sont incinérées,
- 25% sont mise en décharge mais cette pratique est en voie de quasi-disparition,
- 60% sont épandues dans les champs (des expériences étant actuellement menées pour un épandage en forêt).
La composition des boues :
Ce tableau reprend la composition moyenne des boues :
Les stations d’épuration recueillent des rejets contenant une diversité importante de polluants, substances chimiques et micro-organismes dont les effets sont indésirables soit pour la conservation des sols, soit pour la qualité alimentaire des cultures, soit, pour la santé de l’homme et des animaux.
On retrouve donc dans les boues d’épuration :
- des éléments-trace comme le cadmium, le cuivre, le chrome, le mercure, le nickel, le plomb et le zinc, dont la concentration à long terme peut faire craindre des accumulations avec la qualité des cultures.
- des composés-trace organiques : produits chimiques comme les hydrocarbures et les solvants, qui peuvent être toxiques à haute dose pour les micro-organismes essentiels à la fertilité du sol.
- Des micro-organismes pathogènes.
- Des résidus médicamenteux comme les antibiotiques, des composés de patchs contraceptifs qui se retrouvent dans les eaux de rivière provoquant la transformation sexuelle de poissons en hermaphrodites.
D’où un risque environnemental élevé : impact sur les cultures, sur les sols, sur les ressources en eau, sur la santé des travailleurs via un contact ou une inhalation, sur la faune.
Face à ces dangers, une réglementation existe, jugée peu contraignante par certains, mais elle ne vise pas à l’élimination complète de ces éléments, et l’ensemble potentiel des interactions sur le milieu humain n’ont pas été mesurées.
L’économie est naturellement présente dans la problématique :
les syndicats gérant les stations d’épuration, émanation de la puissance publique trouvent, leur intérêt dans l’épandage, procédé d’élimination des boues moins coûteux que l’incinération, et les agriculteurs bénéficient gratuitement de ces intrants (opérations d’épandage compris).
Par ailleurs, les professionnels de l’eau ont un intérêt majeur dans le circuit : ils construisent ou mettent aux normes les stations d’épuration, proposent des solutions de dépollution des sols et des eaux de consommation.
L’utilisation des boues d’épandage en France est donc très controversée malgré des paroles officielles (Ademe par exemple) ou professionnelles (Coordination Rurale) rassurantes.
Par exemple, certaines industries agro-alimentaires refusent les produits cultivés sur des terres ayant fait l’objet d’épandage.
De même, les produits issus de l’agriculture biologique ne peuvent être cultivés avec l’apport de boues d’épandage.
On voit donc que cette technique, qui est interdite par exemple en Suisse, ou fait l’objet de normes plus draconiennes notamment en Europe du Nord, soulève de nombreuses questions non résolues.
L’exemple des boues provenant de la station d’épuration d’Achères (78)
S’agissant des boues d’Achères, il apparaît nécessaire de refuser l’extension du périmètre d’épandage en Eure-et-Loir et de demander au Préfet d’Eure-et-Loir un moratoire sur l’utilisation des boues d’épandage dans le périmètre actuel.
En effet, la station d’épuration Seine Aval, située à Achères dans les Yvelines, traite les eaux sales de plus de 5 millions de Franciliens.
– Du fait de la présence de nombreuses industries et de l’importance de la population, les boues d’Achères sont très chargées en métaux lourds et en produits chimiques,
– Par ailleurs, la station d’épuration Seine Aval est complètement obsolète, non-conforme à la réglementation européenne, comme beaucoup de stations d’épuration en France. Des travaux de mise aux normes doivent être engagés pour plus de 300 M€.
La conjugaison de ces 2 éléments a pour conséquence une « qualité » très médiocre des boues d’épuration de la station Seine-Aval.
Les tableaux suivants indiquent la présence en gramme par tonne de matière sèche (g/t de MS) de certains éléments-trace contenus dans les boues d’Achères (campagne 2009) par rapport aux données moyennes et aux données limites.
Le cadmium :
La présence de cet élément-trace pour l’année 2009 est supérieure de 77% à la moyenne des boues.
Le Chrome total
La présence de cet élément-trace pour l’année 2009 est supérieure de 49% à la moyenne des boues.
Le cuivre :
La présence de cet élément-trace pour l’année 2009 est supérieure de 67% à la moyenne des boues.
Le plomb :
La présence de cet élément-trace pour l’année 2009 est supérieure de 93% à la moyenne des boues.
Le zinc :
La présence de cet élément-trace pour l’année 2009 est supérieure de 120% à la moyenne des boues.
Le cumul chrome-cuivre-nickel-zinc :
La présence de ces éléments-trace cumulés pour l’année 2009 est supérieure de 201 % à la moyenne des boues.
Si la présence d’autres éléments-trace sont comparables ou inférieures aux valeurs moyennes (par exemple le mercure total, le nickel, les hydrocarbures polycycliques et les PCB, le passé récent montre qu’il est possible que sur une période donnée, certains polluants soient présents en quantité supérieure aux normes autorisées, par exemple les PCB pour l’année 2006 :
Un petit mot sur les PCB : Les polychlorobiphényles sont plus connus en France sous leur appellation commerciale dont le pyralène.
Ces produits ont été massivement utilisés à partir des années 1930 pour la fabrication des transformateurs électriques jusque dans les années 1970.
Un plan d’élimination des PCB, pris en application d’une directive européenne, prévoit la réalisation d’un plan d’élimination avant le 31 décembre 2010.
Ces polluants sont très peu biodégradables, ils s’accumulent dans la chaine alimentaire.
Les PCB sont probablement des substances cancérigènes pour l’homme, entrainant des dommages au foie et des troubles de la reproduction et de la croissance.
Le plan d’extension :
L’épandage du « Fertifond P », nom commercial des boues d’Achères, a lieu actuellement dans 15 départements dont l’Eure-et-Loir.
Voici le périmètre actuel :
source : fertifond p
Sont actuellement concernés 4088 Ha, 61 communes et 33 agriculteurs.
Le nouveau périmètre concerne les communes suivantes :
ABONDANT, ALLAINVILLE, AMILLY, AUNAY-SOUS-CRECY, BAILLEAU-ARMENONVILLE, BAILLEAU-LE-PIN, BERCHERES-SAINT-GERMAIN, BEVILLE-LE-COMTE, BOISSY-EN-DROUAIS, BOUTIGNY-PROUAIS, BRECHAMPS, BROUE, BRUNELLES, BU, CERNAY, CHALLET, CHAMPSERU, CHARPONT, CHARTRES, CHATAINCOURT, CHERISY, COLTAINVILLE, COUDRECEAU, COULOMBS, CRECY-COUVE, CROISILLES, DAMMARIE, ECLUZELLES, EPEAUTROLLES, ERMENONVILLE-LA-PETITE, FAINS-LA-FOLIE, FAVIERES, FONTAINE-LA-GUYON, FRETIGNY, GARANCIERES-EN-DROUAIS, GARNAY, GERMAINVILLE, HOUVILLE-LA-BRANCHE, JOUY, LA BOURDINIERE-SAINT-LOUP, LA CHAPELLE-FORAINVILLIERS, LA LOUPE, LAONS, BOULLAY-LES-DEUX-EGLISES, LE BOULLAY-MIVOYE, LE BOULLAY-THIERRY, LUPLANTE, LURAY, MAGNY, MAILLEBOIS, MAINVILLIERS, MARCHEVILLE, MAROLLES-LES-BUIS, MARVILLE-MOUTIERS-BRULE, MIGNIERES, MITTAINVILLIERS, MONTAINVILLE, MONTIREAU, NEUVY-EN-DUNOIS, NONVILLIERS-GRAND’HOUX, ORROUER, OUERRE, PUISEUX, ROUVRES, SAINT-ANGE-ET-TORCAY, SAINT-ARNOULT-DES-BOIS, SAINT-AUBIN-DES-BOIS, SAINT-AVIT-LES-GUESPIERES, SAINT-DENIS-D’AUTHOU, SAINT-DENIS-DES-PUITS, SAINTE-GEMME-MORONVAL, SAINT-ELIPH, SAINT-LAURENT-LA-GATINE, SAINT-SAUVEUR-MARVILLE, SAINT-VICTOR-DE-BUTHON, SAUMERAY, SERVILLE, THIMERT-GATELLES, TREMBLAY-LES-VILLAGES, TREON, VERIGNY, VERNOUILLET, VILLEAU, VOISE et VOVES.

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